Ces otages ? Où ça des otages ?

, par  Asaln

Il semblerait donc, qu’encore une fois, des grévistes aient pris des salariés partant en vacances (bien méritées) en otage.
Diantre !
Tudieu l’ami !
Mais il faut y mettre fin !
Il faut limiter le droit de nuire de ces manants !
Que diable !

 Au début du reportage était le verbe.

Une chaîne de télévision publique que je ne nommerai pas, une grosse dame très énervée avec un manteau de fourrure et des breloques en or plein partout sur elle (attention là, comprenons-nous bien, ce n’est pas à cause du manteau et des breloques qu’elle est énervée la grosse dame, pas confondre).

« - C’est un scandale ! Quelques dizaines de contestataires qui prennent en otages des milliers de clients ! Ce n’est pas normal ! etc. »

En fait, j’ai compris grâce au commentaire du gars qui cause dans l’poste (non, non pas un journaliste parce qu’un journaliste... mais je t’explique plus loin pour le journaliste ’trement je perds le fil de mon histoire) que la dame désirait prendre un avion pour aller en vacances (pas dit où, désolé, mais ça doit être loin, ou pas) et qu’elle était bloquée à l’aéroport parce que les employés de sécurité (d’entreprises sous-traitantes très fauchées comme la Brink’s par exemple) étaient en grève, illimitée en plus : le patron veut pas négocier, point, barre.

Et aussi sec le gars qui cause dans la boîte de nous expliquer que la ministre des transports et du développement durable (ça aussi c’est poilant non ?) Mme Kosciusko-Morizet était favorable à un « encadrement du droit de grève ».

Comme disait Philinte (laisse ! c’est un pote à moi)

« - Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises !

Mais Alceste de répondre (un pote à Molière) :

  • Morbleu ! Vil complaisant, vous louez les sottises ? »

Quel déconneur ce Molière tout de même !

 Des otages.

Définitions (selon Littré) :

1. Sûreté qu’on donne à des ennemis ou à des alliés, pour l’exécution de quelque promesse, en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes.

Bon ça n’est pas celle-là.

2. Loi des otages, loi rendue sous le Directoire et en vertu de laquelle les parents des émigrés étaient responsables de la fuite et des complots de ceux-ci.

Pas celle-là non plus. (quoique... comme disait Devos...)

3. Places qu’on donne à ceux d’un parti ennemi pour garantie d’un traité de paix, d’un armistice. Les ennemis se firent donner des villes pour otages.

Non plus.

Larousse ajoute un sens plus moderne :

4. Personne dont on s’empare et qu’on utilise comme moyen de pression contre quelqu’un, un État, pour l’amener à céder à ses exigences.

C’est cela que voulait dire la grosse dame et que le gars de la T.V n’a pas contredit.

 De la grosse dame.

La grosse dame énervée parlait librement au gars (ou la fille) de la TV, n’était pas attachée ni empêchée de rien, pas même d’insulter les grévistes en les traitant en quelque sorte de hors-la-loi, de criminels, car, à ce qu’il me semble, la prise d’otage est bel et bien passible du tribunal pénal et de la prison. Peut-être même qu’elle pourrait être poursuiivie pour diffamation la grosse dame énervée...

Et puis qu’est-ce qui l’empêche de prendre un train ? D’aller dans un autre aéroport (la Suisse n’est pas loin de Lyon), de prendre un autre moyen de transport ? Elle ne subit aucune cohercision la dame énervée.Personne ne s’est emparé d’elle. Alors elle n’est pas plus otage que moi.

 Des preneurs d'otages.

Si je comprends bien la nouvelle dialectique, on peut faire grève à condition que ça ne dérange personne. Un certain Sarkozy avait déclaré : « Maintenant quand il y a grève personne ne s’en aperçoit. »

« Désespérons Billancourt ! » (Nekrassov - J.P Sartre - 1955)

Fort dangereuse provocation car, justement la grève consiste à établir un rapport de force ; « Puisque tu (patron) ne veux pas discuter avec moi (salarié) je vais utiliser ma dernière arme. Perdons de l’argent, moi mon salaire, toi tes revenus, et voyons lequel perd le plus ou hypothèque le plus ses revenus futurs par la baisse de production, qu’ elle soit des services ou des biens. Personnellement, moi (salarié) vu le traitement que je subis je n’ai pas grand chose à perdre, par contre toi et les tiens... »

Notre président, dans une attitude fort irresponsable de fier-à-bras, déclara tout de go ce que certains de nous avions malheureusement constaté : ce rapport de force avait tendance à s’inverser grâce à la mondialisation et à la financiarisation (dont c’est un des buts évidemment) et ainsi fait prendre conscience aux salariés qui en doutaient encore qu’une grève bien classique, bon-enfant, était vouée à l’échec.

Merci Mr le Président.

Que nous reste-t-il ? Comment rendre les grèves visibles si on limite le droit de grève ? Si être visible, si établir un rapport de force pour obtenir ce qui nous est dû devient illégal ? Alors Mr Le Président, Mme le Ministre, vous condamnez de facto le salariat à la soumission ou à l’illégalité.

Faut-il, comme les ouvriers de New Fabris, menacer de faire sauter l’usine ou s’immoler comme dans ce lycée de Bézier ? Comment se faire entendre ? Comment être pris en compte ?

La plupart se taisent car ils ont peur. Peur du déclassement, peur de perdre leur emploi, peur de ne pouvoir payer leurs crédits (un peuple endetté est beaucoup plus soumis, d’ou la volonté d’endetter les peuples). Plus confiance parce que trompés, cocufiés. Mais plus confiance, plus entendus, ça précipite dans les bras des fascismes de toutes sortes.

Gaffe !

Pour le moment on a juste vu des grévistes qui veulent être entendus, alors ils se sont arrangés pour que leur revendication ait des chances d’avoir un certain écho. De toute façon il n’ont rien à perdre.

Demain, si on limite de droit de grève il ne restera plus que l’ illégalité.

Et la grosse dame, si elle avait un cerveau, ne serait-ce qu’un petit, ce sont nos élites mondialisées qu’elle engueulerait.

Quand le pouvoir d’achat remplace les cellules grises !

 De ceux dans et autour de la boîte à coucou.

Que dire des journalistes qui ne journalisent plus. De ceux qui se contentent de répercuter l’opinion qu’ils croient générale et partagée. Parce que c’est la leur ? Parce qu’ ils pensent que ça devrait l’ être ? Parce qu’ils protégent leur carrière ? Parce qu’ils ont arrêté de penser ou de travailler ? Parce qu’il sont viscéralement solidaires de la grosse dame en se disant que, eux aussi, ils pourraient être « pris en otages » au moment de leurs futures vacances de Noël ou d’hiver à Maurice, au Mexique ou à la Barbade.

En fait de « salariés » pris en otage, honnêtement, dites-moi qui peut se payer à Noël des vacances au soleil à 3000 ou 10000 kilomètres, qui prend l’avion pour une station de ski autrichienne ou nord-américaine, un trekking bio en Alaska, une aventure-nature en Sibérie, un séjour en hôtel de glace en Norvège ou la découverte de Cuzco en deltaplane voire, pour ceux que ça gêne encore, un voyage au Sénégal avec des livres d’école obsolètes dans leur valise pour instruire les pauvres tout en nourissant sa bonne conscience ?

À part les rentiers, les financiers, les bobos et les csp++ (pour causer moderne), les bourgeois et leurs valets donc (pour causer marxiste) ? Et quelques égarés des jeux télévisés et du marketing écolo-tiers-mondiste, qui ?

Alors les « pauvres salariés » privés de leurs vacances bien méritées permettez-moi de rigoler doucement et même un peu plus fort que ça. À tout casser 20- 25 % de la population est la base concernée. Détruire un des droits fondamentaux de la démocratie sociale pour satisfaire une base d’un cinquième de la population, même moins car, parmi les bobos de gauche il y en encore qui n’ont pas perdu toute dignité (merci à eux) ça nous tire foutrement en arrière vers une néo-féodalité ploutocrate ça non ?

http://commons.wikimedia.org/wiki/F...

Je vous laisse le soin de substituer des désignations biens modernes aux latines sauf pour « laboratores », ça, ça n’a pas changé !

La liberté de la presse est un pilier de la démocratie dit-on (dans la presse) ? Encore faut-il que cette presse soit autre chose qu’une chambre d’écho de l’idéologie dominante. Que les journalistes enquêtent, fouillent, dérangent, honnêtement.

Les libertés d’expression et d’opinion seules sont des fondements de la démocratie et seulement alors, la presse, en ce qu’elle est porteuse de ces fondements, en devient un pilier. Elle ne l’est pas par nature.

Qu’elle vienne à l’oublier, elle devient alors un simple moyen de propagande.

C’est le cas aujourd’hui.

 De la ministre et des élites.

Ministre des tranports et du développement durable ! Rien que le titre fait rire. Des mots, pour faire joli, noyer le poisson, détourner le débat quand tout s’effondre. Pitoyable.

A-t-on mis ces gens qui nous gouvernent dans un bocal si longtemps qu’ils ne perçoivent même plus l’ indicible ineptie de leurs propositions ? Sont-ils à ce point dépourvus du plus simple bon sens ?

Sont-il d’un cynisme tel qu’ils pensent gérer de même le prochain problème, la prochaine « crise », par dessus la jambe, sans aucune vision des conséquences ni des risques, à la petite semaine, à l’encontre du bien commun ?

Sont-il tout simplement un produit assez semblable à la noblesse du 18e siècle : des gens intelligents et cultivés mais imbéciles et obtus ? La dégénérescence des élites ?

La crise financière de 2008 ne leur a rien appris, la chute en cours des états ne leur apprend rien. Ils ne bougent pas, toujours la même rhétorique, inutile ; aujourd’hui croient-il vraiment que celle-ci suffira ? Tels des enfants de parents trop laxistes qui se disent en eux-mêmes : « Ça passera bien encore une fois ! »

Ben voyons, et la marmotte...

Ils ne voient rien, n’entendent rien, ne comprennent rien : « J’ écoute mais je ne tiens pas compte » (N. Sarkozy)

Donc c’est bien volontaire. Autiste par choix c’est effrayant.

Beati pauperes spiritu.

Et les prescripteurs d’opinion, éditoralistes de salon, économistes de plateaux-télé, philosophes de café du commerce, spécialistes autoproclamés de think-tanks embourgeoisés ou nobiliaires, tous les thuriféraires zélés de nos ploutocrates autistes, de nous seriner à l’envi qu’il faudra se sacrifier, que le temps des vaches maigres est là (mais par pour tout le monde) que vient le temps du sang et des larmes dans un appel à peine déguisé à nos atavismes martyrologiques chrétiens.

Je suis athée.

 De la fin.

Cependant la grosse dame fâchée continuait d’agonir les grévistes qui retardaient son arrivée au « Chââââlêêê », soutenue en cela par le bobo écolo-libertaire qui trouvait que bon d’accord il est pour le peuple « mais faudrait pas abuser quand même », le bijoutier lyonnais qui-ne-prend-que-deux-semaines-par-an ( « pas les trente-cinq heures moi ! » ) et, paumé dans le lot, un pauvre couillon d’ouvrier qui avait économisé pendant dix ans pour s’offrir son « rêve » d’un voyage en Afrique (terre des contrastes bla bla bla...), mais lui au moins, s’il gueulait avec les loups, c’était encore avec mauvaise conscience.

Tout ça parce qu’ un directeur de la Brink’s, droit dans ses bottes et « décontracté du gland », refuse d’ouvrir des négociations avec les représentants du personnel comme il est sensé le faire.

J’écoute mais je ne tiens pas compte.

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