Grosses données et compteurs Lientel.

, par  Asaln

Les dirigeants de ce pays ont réussi ce formidable tour de force d’allier des méthodes quasi staliniennes à une économie ultra-libérale. Cet exemple, certains diront de peu d’importance, mais justement c’est là qu’il est intéressant car relativement discret, montre comment les élites et l’état profond œuvrent en ce sens pour priver le citoyen des choix qui lui reviennent y compris dans des questions qui ne semblent relever, dans un premier abord, que de la consommation et en l’occurrence de celle de l’électricité.

Après un lobbying forcé et l’obtention de l’appui de l’ État ( ou plus exactement de l’état profond ) les Franticiens seront tous tenus d’accepter le remplacement de leur compteur électrique par un de ces fameux compteurs dits « intelligents » (Lintel) sous peine de ... sous peine de quoi d’ailleurs ?

On connait la peine encourue par l’acceptation d’engins de ce genre : remontée des données mais surtout analyse et, qui plus est, analyses croisées qui permettra de les « marquer à la culotte ». Mais ensuite quoi ? une fois qu’on aura essayé de leur vendre à peu près tous les produits imaginables liés à « leurs habitudes de consommation » ou à leur « niveau socio-économique » voire à leurs « désirs réels ou inconscients » à quoi serviront ces données ?
Comme disait l’autre : « C’est une bonne question et je vous remercie de me l’avoir posée. »
Mais en vérité l’accumulation de données sur les individus ou les groupes n’a jamais eu qu’un débouché final : les contrôler. Que ce soit par l’intermédiaire soft de l’ingénierie sociale ou par le biais un peu plus rugueux de la coercition. Ici on verra qu’en Franticie on fait un usage plutôt efficace et simultané des deux. Et évidemment si on peut gagner de l’argent en plus... Autrefois on appelait cela la technique de « la carotte et du bâton » mais évidemment là aussi il faut bien se montrer moderne.

Bien sûr ce n’est pas ce qu’on leur présente du tout aux Franticiens. Voici donc, in extenso, quelques morceaux de bravoure de la promotion d’Energion, la société chargée de la distribution de l’énergie en Franticie. (Il est écrit sur leur site que leur nouveau nom provient de la contraction des mots énergie et distribution, quel talent !) ainsi que quelques contre-arguments d’un ami franticien dont je tairai le nom pour sa sécurité.

« Le compteur communicant est une nouvelle génération de compteur. Il transmet des données de consommation et reçoit des ordres à distance. Il répond au besoin de modernisation des réseaux d’électricité en France. Pour maintenir notre niveau d’exigence, nous remplaçons un matériel devenu obsolète et qui, dans certains cas, peut avoir été installé il y a plus de 40 ans. »

Analyse : en gros c’est une exigence de modernisation, et ceux qui mettraient en cause la sacro-sainte modernisation ne seraient que des arriérés et des pisse-froid. Pour autant serait-il totalement réactionnaire et passéiste, proposent certains de remplacer les vieux compteurs par les mêmes ou leurs équivalents neufs si, comme ils le disent, ils sont trop vieux ?

Mais reste la question du pourquoi « communicant » ?

Quand aux « nouveaux besoins énergétiques » lesquels ? Il nous faut toujours de l’électricité pour faire fonctionner nos machines, on ne voit pas bien ce qu’il y a de nouveau là-dedans (même si les machines peuvent changer, le fond ne change pas).
Si par contre il s’agit de savoir à quelle heure et selon quel cycle nous utilisons tel ou tel appareil alors là oui c’est nouveau. Mais pas pour nous car par définition, à moins d’être neuneu, nous le savons.
Je ne doute pas ici qu’un certain nombre de bénis de la crèche trouveront « praaaatiqu’ » qu’une entreprise leur explique ce qu’ils sont en train de faire au moment où ils sont en train de le faire, mais là on frise la lobotomie.

La suite des justifications d’Energion :

« 
Pour moins consommer

Une maîtrise de ma consommation facilitée : j’ai accès à mes données de consommation électrique sur mon espace personnel. Je peux aussi adapter la puissance de mon compteur. »

T’as un « espace personnel » Putain de toi comme disait Brassens en voilà une chose qu’elle est bonne et qui fait baisser la consommation.
Et bien sachez Monsieur Energion qu’on en a raz-la-cacahuète des « espaces personnels » et autre « bureaux virtuels » qui ne servent qu’à nous fliquer à pas cher et avec notre aide en plus. On en a tous au boulot, à la mutuelle, à la banque, à Pôle Emploi des « espaces personnels »etc.
Et puis d’abord c’est pas notre espace personnel c’est votre espace pour nous enfermer tous et dans la connerie nous lier pour paraphraser Tolkien et son fameux Seigneur de anneaux.

Donc tu mets ta machine à laver en marche, tu sautes sur ton « espace personnel » et tu constates que ta machine consomme tant ou tant selon le programme choisi et alors tu peux ... tu peux ... tu peux ... Ah oui tu peux continuer de laver ton linge, arrêter de laver ton linge, ou descendre au lavoir pour ... Y’ a plus de lavoir ? Merdalors ! Tu peux rien alors ? Juste tu regardes le « tableau de bord » de ton « espace personnel » comme le chat regarde tourner le tambour de la machine. T’es devenu complètement con en fait ! Beau progrès !

La suite :

« 
Pour simplifier mes démarches

Le relevé du compteur s’effectue à distance, sans rendez-vous et sans action de ma part. »

On s’en fout, ça ne simplifie pas nos démarche mais le travail d’Energion et ça permet en outre de se passer d’un certain nombre d’emplois, du coup c’est plus rentable, du coup on devrait payer moins cher l’électricité non ? L’abonnement ? Non plus. Bon. Donc rien pour nous.

Bon je vous fais grâce des autres arguties sur la réparation des pannes avec comme (mauvais) exemple la tempête Hurt de 2017 où là on est carrément dans l’histoire à dormir debout, car, évidemment, pour réparer des lignes tombées il faut :
1. avoir un accès physique à ces lignes ;
2. avoir assez de personnel qualifié ;
3. avoir assez de matériel ;
4. respecter un ordre de remise en fonction.

Le compteur communiquant n’a évidemment rien à voir là-dedans à moins qu’il ne se transforme en un des robots humanoïdes d’ Asimov.

Enfin bref un tissu d’arguments ou plutôt, comme c’est devenu la mode, d’éléments de langage sans aucun intérêt pour les consommateurs que nous sommes.

Mais alors, une fois ces fausses raisons écartées on est quand même en droit de se poser la question à quoi ça sert ? Et comme on n’a aucune réponse, pas plus intelligente que compréhensible, on refuse ces compteurs qui génèrent de nombreux problèmes, et dont la mise en place en provoque d’autres encore. De la menace verbale, à la menace physique, du mensonge à l’intimidation, on aura tout vu dans l’histoire qui se poursuit de ces compteurs dits intelligents, ce qui est loin d’ être le cas de ceux qui les imposent.

En fait la seule chose vraie à retenir de ce charabia de communicant est la suivante :
« Il transmet des données de consommation et reçoit des ordres à distance. »

Et demain lorsque surgira la crise énergétique, car elle arrivera, inévitablement, à quoi servira Lintel ? Hein ? À quoi ?

Et ça, ça a de quoi inquiéter et énerver ! Le consommateur et le citoyen !

Voilà ce que mon ami franticien en dit de cette « modernisation ». Certains pourraient penser qu’il s’agit là d’une « peur de la modernité et de l’avenir ». Ils auraient bien tort ! C’est juste une chose qui date de vieux dans ce vieux pays, un certain Descartes, qui les poussent souvent à douter, surtout des trop grandes évidences ou des choses présentées comme telles, et les soumettre à l’épreuve des faits.

Asaln.

En corollaire, en France, une conférence de Stéphane Lhomme à propos de Linky (en France ça s’appelle Linky et Enedis, selon le même principe...) et comment les refuser ainsi que le site dédié :

http://refus.linky.gazpar.free.fr

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